Pour une industrie manufacturière durable
Cepi a publié ce mois-ci des chiffres provisoires pour 2023 qui en disent long. La consommation de pâte et de papier en Europe a reculé de plus de 15% l'an dernier. Quant à la demande de papier graphique, elle s'est contractée de 27,5%. Le segment de l'emballage souffre, lui aussi, en se repliant de 12%. Pour la deuxième année consécutive, la production accuse une baisse à deux chiffres: plus de 13%. Celle de 2023 est encore plus marquée que lors de la crise du coronavirus en 2020 (près de 5%). Le secteur surfe naturellement sur une tendance qui est mondiale, mais l'Europe y ajoute un lourd handicap énergétique. Cepi constate que les coûts de l'énergie restent deux fois supérieurs à leur niveau pré-Covid. "Ils ont sérieusement érodé la compétitivité de l'industrie européenne", conclut la confédération.
Alors que j'étais occupé à écrire cet avant-propos, plus de 70 CEO d'entreprises industrielles internationales étaient réunis au sommet européen convié sur le site du géant de la chimie BASF, dans le port d'Anvers. Les dirigeants de la CEPI ainsi que Pierre Macharis, président de Cobelpa, étaient présents. L'industrie à forte intensité énergétique y a plaidé pour un pacte industriel européen. Sa "Déclaration d'Anvers" dresse ainsi une liste d'actions en dix points. Notre Premier ministre convoquera au mois d'avril un Conseil européen spécial sur la compétitivité industrielle dont il espère qu'il pourra orienter l'agenda de la prochaine Commission. Il est grand temps que les doléances de notre industrie manufacturière soient entendues. Nous élirons bientôt nos représentants européens, fédéraux et régionaux. Curieux de voir qui va oser jouer la carte de l'industrie en 2024. Le Green Deal européen a le mérite d'être ambitieux, mais on ne construit pas un paradis durable sur un cimetière industriel. Notre économie mature a besoin d'une industrie manufacturière performante pour créer de la prospérité. Dans cette conjoncture géopolitique difficile, nous ne pouvons pas nous payer le luxe de la pousser à s'exiler dans des pays lointains. Nous devons au contraire rapatrier une part de la production pour ne pas être dépendants de pays tiers.
Pendant ce temps-là, le secteur graphique se prépare pour deux salons internationaux majeurs: la Fespa d'Amsterdam en mars, et la Drupa de Düsseldorf, qui ouvrira ses portes le 28 mai. La Fespa annonce cette année un petit demi-millier d'exposants sous le signe de la poursuite de l'industrialisation du grand format (lire en page 14). La Drupa en attend 1 427 issus de cinquante pays, selon les derniers chiffres. L'organisateur prévoit 140 000 m2 d'espace d'exposition, répartis sur dix-huit salles. Le développement durable et la digitalisation sont les principaux thèmes de ce rendez-vous international. Des sujets également largement traités dans ce numéro. Ainsi nous intéressons-nous au web-to-print et à l'importance croissante de l'intelligence artificielle pour cette activité (lire en page 20). Dans le dossier "Impression durable" (lire en page 28), Filip Van Wezemael, de l'imprimerie Van der Poorten, exhorte le secteur à tout mettre en oeuvre pour décrocher un enregistrement EMAS. Van Wezemael voit dans l'écocertification une manière d'introduire une certaine normalisation dans notre secteur au sens large tout en améliorant son image. Ne fût-ce que parce qu'elle permet d'étayer une politique environnementale par des données en béton. Ce qui n'est pas négligeable à l'ère du greenwashing et des fake news. Bonne lecture.